#4 – Made au Québec

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Pour quelqu’un qui s’installe au Québec, il est presque amusant de voir combien Montréal semble divisée entre une réalité québécoise et francophone d’un côté, une canadienne et anglophone de l’autre. Et comme le boulevard Saint-Laurent contribue historiquement à la présence de ces « deux solitudes » si poétiquement nommées, on pourrait croire que celles-ci existent encore pleinement et jouent un rôle sociologique important.

Pourtant, à vivre Montréal au quotidien et à en décortiquer le réel, les notions « franco » et « anglo » apparaissent bien dépassées à l’heure de la globalisation, des métissages, des identités et des subjectivités multiples, de la diversité culturelle aussi. À se demander d’ailleurs si ces catégories sont encore productives (quelles réalités décrivent-elles?) ou si elles servent uniquement à diviser (c’est-à-dire créer une réalité, contenue dans ces catégories, qui perpétue une division historique).

Au-delà des extrêmes (anglos/francos), dont on ne peut nier l’existence dans la société québécoise, peut-on percevoir ou concevoir une nouvelle culture sociale qui ferait fi de ces catégories et qui décrirait une zone de contact où les langues cohabitent, où on ne parle ni seulement français, ni seulement anglais, et où les communautés d’appartenance se construisent au-delà des divisions linguistiques? Une sorte de zone grise, en dehors du noir et du blanc, un entre-deux vivant qui concilierait des espaces de vie, des couples mélangés, des langues « switcheuses » et pour autant opérationnelles ? Comment négocier et/ou vivre une identité hybride/fluide/multiple dans une société dont l’imaginaire commun s’est toujours construit de catégories binaires?

Le monde artistique semble y répondre à sa manière, en insufflant dans certaines disciplines des vagues de gris intenses où l’émoi s’affranchit de la dichotomie pour pénétrer un « entre-soi » franglais. C’est pourquoi, dans ce numéro 4 de TicArtToc, les auteurs cherchent à déconstruire les notions historiquement chargées des deux solitudes pour mieux en comprendre les répercussions actuelles, les réalités vécues ici et maintenant, les constructions de demain. Montréal, ville artistique « grise » par excellence où lesdites communautés du centre s’épanouissent dans cette zone grise ainsi créée ?