VARIA | PAR JEAN-MARIE LAFORTUNE

Médiation culturelle, expression de la diversité et diversité des expressions

| Par Jean-Marie Lafortune | 

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 Les dispositifs de médiation culturelle récemment mis en place à Montréal, tant dans les milieux institutionnels de la culture que dans les milieux socioartistiques, notamment à travers les projets soutenus dans le cadre du programme de médiation culturelle instauré par la Ville de Montréal en 2005, constituent un atout pour la promotion de la diversité. Ils peuvent contribuer à la reconnaissance d’artistes et de modes de création ignorés du public et boudés par les médias. Ils peuvent catalyser l’expression de la diversité, condensée dans des œuvres légitimes exposées dans les institutions, et la diversité des expressions, manifestée dans un foisonnement de créativité s’exprimant dans des espaces communautaires et publics plus ou moins marqués par l’immigration récente.

Dans une perspective d’inclusion, la médiation culturelle contribue à favoriser l’égalité, renforcer la créativité, approfondir notre compréhension des cultures et élargir notre perspective sur l’expérience humaine. Elle peut conduire à la diversification de la vie artistique, incluant le soutien des pouvoirs publics pour la redistribution des ressources, les projets communs et les partenariats. Elle doit pouvoir compter sur la participation des milieux communautaires et culturels, le développement de projets artistiques dans la collectivité et le financement de programmes de participation citoyenne. Elle doit favoriser de meilleurs contacts entre les cultures etl’élaboration de nouveaux programmes pour promouvoir la diversité, incluant des moyens pour aider à combattre la discrimination.

Dans le sillage des Cultural Studies, la diversité déborde le champ ethnoculturel pour s’étendre aux cultures populaires. Elle peut alors être analysée à l’échelle d’une société en examinant les rapports qu’entretiennent les cultures populaires avec les élites culturelles et les marchands de culture, notamment en ce qui concerne les goûts et les types de consommation culturelle. Appréhendée à la fois en termes de marginalisation culturelle et de domination sociale, la diversité désigne moins un état de fait qu’un état de lutte, puisque les valeurs promues par les cultures populaires entrent en conflit avec les codes des élites et les normes marchandes.

Le court texte qui suit dégage les principales ouvertures de la médiation culturelle sur la question de la diversité sur le plan des bases conceptuelles et des dispositifs existants. Il présente ensuite une série de défis, d’obstacles et de pistes de solution pouvant guider une action de médiation culturelle orientée vers la promotion de la diversité.

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La médiation culturelle

La médiation culturelle est à la fois une perspective théorique de recherche et un modèle d’action. Elle est contemporaine de l’avènement d’une pluralité de normes sur le plan des préférences et des pratiques culturelles, qui se déterminent à l’intersection de l’appartenance ethnoculturelle et du statut social. L’émergence des concepts et des pratiques qui la fondent s’inscrit dans le cadre d’une redéfinition du fonctionnement des institutions culturelles et du rôle de la culture dans la société. En ce sens, la médiation culturelle met en jeu la conception des finalités de l’action culturelle et du lien social, les dynamiques d’acculturation et d’enculturation à de nouveaux modes et de nouvelles formes d’expression, la promotion d’identités autour de la dimension symbolique des projets réalisés, les styles de vie et les mécanismes de la régulation sociale.

Apparue à l’intérieur d’une perspective classique de diffusion de l’art, la médiation culturelle tisse des rapports étroits avec le développement des politiques culturelles, qui balisent l’action publique en matière d’accessibilité aux oeuvres et d’aide aux créateurs. Dans un contexte d’essoufflement de la démocratisation culturelle, axée sur l’accessibilité aux œuvres reconnues, elle s’ouvre davantage à la logique de démocratie culturelle, caractérisée par la mise en valeur d’œuvres et de modes de vie liés à l’expression des cultures populaires, qui regroupent les cultures traditionnelles, métissées ou émergentes, parfois en vive opposition avec les modèles culturels dominants.

Les cultures populaires désignent les cultures des groupes subalternes, qui se découvrent comme tels dans un processus de conflit et de résistance identitaire alliant souvent le conservatisme des formes et le caractère rebelle des contenus. Elles constituent un ensemble de manières de faire avec la domination sociale et la marginalisation culturelle, qui se manifestent notamment par  la dérision et de la parodie vis-à-vis des expressions culturelles légitimes. Dès qu’on l’aborde à partir de la réception et de la réappropriation par les usages, la culture n’est plus uniquement un processus social ou un moyen d’échange, mais un terrain d’affirmation et de luttes.

Assumant ses choix sociopolitiques, la médiation culturelle traduit l’engagement de nombreuses personnes et organisations envers des perspectives critiques et professionnelles qui favorisent l’inclusion. Ancrée dans une logique d’intervention privilégiant les processus et les acteurs de terrain, elle peut être considérée comme un vecteur de changement social.

Plus spécifiquement, la médiation culturelle transforme le système culturel en remodelant les lieux d’expression et de diffusion ainsi que le rôle des intervenants. Le virage vers la médiation culturelle témoigne du déplacement du centre de gravité à la faveur des acteurs qui interagissent directement avec les publics, compte tenu de leur capacité d’influence dans le processus de légitimation des œuvres et des démarches de création.

Dans la cité, la médiation culturelle recouvre des fonctions qui aménagent, sur la base des références et des pratiques culturelles propres à chaque citoyen, groupe ou milieu social, le cadre et les moyens de l’expression individuelle et collective. Cette conception de la médiation culturelle implique que le développement individuel passe par le dialogue et la prise de conscience de la dimension civique des pratiques culturelles.

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