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Laïque… ou bien?

| par Totosolo |

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Photo : Sophie Bertrand

Nous avons régulièrement droit à de nouveaux épisodes de notre feuilleton québécois mettant en vedette la laïcité, les accommodements, raisonnables ou pas, sur fond d’acrobaties et de jonglerie pour concilier droits, libertés et correction politique. Sachez que ce court texte n’offre pas de réponses, mais il expose nos propres paradoxes et contradictions.

Pourquoi autant de difficultés à baliser, à encadrer, dans un contexte de primauté de la loi et des valeurs communes, les pratiques religieuses et autres intimités que nous, les immigrants, apportons dans nos bagages ? Cela fait partie des paradoxes de la rectitude politique : nous aimerions que tout le monde ait les mêmes droits, bien que mon crucifix à l’Assemblée nationale ne soit pas un signe religieux sinon culturel, à la différence de ton kirpan… Voyons donc !

Aucune décision politique ne sera crédible tant que le gouvernement ne fera pas le ménage de sa propre panoplie culturo-religieuse, en commençant par ce crucifix (ou l’autre, celui du Mont-Royal, qui, en plus, est moche moche moche)… on prêche par l’exemple, n’est-ce pas ?

Il serait important de mettre au clair ce qu’est la religion. Le trait caractéristique de toute religion, surtout des trois grandes religions monothéistes – judaïsme, christianisme et islam – est l’irrationalité. Rien de moins rationnel que la foi, base de toute croyance religieuse. Dans ce cadre irrationnel et excluant par définition – il n’y a qu’un Dieu, et c’est le mien, pas le tien nanana – il me semble que confiner ses pratiques religieuses à la maison peut être une façon élégante de gérer la paix publique. Ce qui n’empêche en rien tout un chacun de vivre sa vie, publique et privée, en croyant ce qu’il croit, et en le montrant quand bon lui semble.

Bien sûr, il y a des limites à cela, des limites qui sont fixées par les valeurs de la société d’accueil, qui peuvent être souvent floues, et/ou par ses lois, qui sont, elles, nettement moins floues.

On ne me laisserait pas entrer dans une banque, dans une école ou dans un hôpital le visage masqué. Voilà ce que sont la burqa et le niqab : des masques, ou des petites prisons portatives, c’est selon. Ce sont des symboles inacceptables et, possiblement, illégaux.

Cette petite masse de gens qui manifestent régulièrement contre le droit à l’avortement dans plusieurs parcs de la ville, au nom de leurs croyances religieuses, tiens donc, constitue un bel exemple des conséquences de la présence de la religion dans l’espace public. Ils ne­­­­­­ puisque personne ne conteste leur droit à ne pas avorter, mais manifestent pour enlever un droit au reste de la société, celui qu’a chaque femme de disposer de son corps comme bon lui semble. Et voilà le problème avec la religion. Autre exemple avec la kashrut (les règles diététiques juives) : une dame n’a pas voulu me louer un appartement parce que je refusais de m’engager à ne pas y apporter de la viande de porc. J’aime la charcuterie, désolé, et je n’aime pas mentir. Mais selon la kashrut, ce qui n’est pas casher contamine la place. Ça ne me dérange pas que quelqu’un apporte de la nourriture casher quand il vient chez moi, ça ne contamine pas. Là encore, on baigne dans l’irrationnel et comme nous pouvons le voir à travers l’histoire de l’homme et dans de nombreux exemples du temps présent, rien de tel qu’une bonne excuse irrationnelle pour organiser un beau massacre !

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Photo : Sophie Bertrand

Je n’essaierais pas d’obliger un juif observant le shabbat à travailler, mais ne ferais pas non plus manger à tous les enfants d’un CPE de la viande halal parce qu’il y a un (ou deux, ou trois) enfant issu d’une famille musulmane. Ça, c’est de la rectitude politique de basse étoffe, injuste et irritante. Mais je n’enlèverais pas à cette famille, à cet enfant, le droit de manger halal. Non, je pense qu’il doit y avoir d’autres chemins pour cela, plutôt que d’embarquer tout le monde dans l’exception.

Nettoyer l’espace public de la présence religieuse ou de la promotion de la religion ? Le fait de vivre dans une société laïque ne nous empêche ni d’avoir des croyances et/ou des pratiques religieuses, ni de rester attachés à des symboles dits culturels qui font référence à la religion. La laïcité n’est pas la négation de la croyance et/ou de la pratique religieuse personnelle, elle est la sauvegarde du droit à ces pratiques et croyances en dehors de l’espace public qui, lui, reste neutre et non confessionnel, non investi par le crucifix, les lieux de prière ou les circoncisions de masse, tout en mettant sur le même plan d’égalité la croyance religieuse et la non-croyance. Evidemment, la condition est de ne pas privilégier l’une sur l’autre.

Ce qui est certain, c’est que nous ne pouvons pas demander à nos invités d’enlever leurs souliers chez nous quand ils nous voient y marcher avec nos godasses pleines de boue…Si nous sommes capables de nettoyer l’espace public de nos propres symboles religieux qui, pour nous comme pour tout le monde, représentent aussi culture, souvenirs et vécus, il nous sera énormément plus facile d’accepter ceux de nos invités immigrants, portant kippa, turban, crucifix, foulard et autres, et nous permettra aussi de faire la différence entre voile et burqa, par exemple, c’est-à-dire entre un symbole inoffensif et un symbole qui heurte nos valeurs et viole nos lois. Tout est relatif, comme disait l’autre, qui était Juif d’ailleurs…

Le téléroman sur les Sikhs et le foot, avec sa dose d’affirmation nationale et de maladresse représente un (petit) chapitre de ce feuilleton interminable : enlevons notre malcommode crucifix de l’Assemblée nationale et nous aurons beaucoup plus d’autorité morale pour gérer la présence d’autres manifestations religieuses qui investissent l’espace public. Il nous sera alors beaucoup plus facile d’accepter l’Autre avec ses croyances et sa culture dans notre espace commun, religieusement neutre, en lui assurant que chez lui, dans la chaleur du foyer, il pourra faire (presque) tout ce qu’il veut de ses croyances.

Alors, comment puis-je, moi, athée de la tête aux pieds, parler de laïcité et de liberté d’expression religieuse dans une publication dédiée à la diversité dans les arts et la culture ? Parce que ce que nous vivons actuellement concernant la laïcité est précisément le contraire : c’est bien la négation de la diversité. Et la religion, comme la musique, la bouffe, les turbans et les tatouages à l’henné sont des manifestations culturelles. Nous les aimerions toutes vivantes pour notre enrichissement collectif.

Ne nous laissons pas confisquer, au nom de la liberté de tous, la liberté d’être ce que nous sommes…

Totosolo

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