PORTRAIT D’ARTISTE : Maria Isabel Rondon

Penser pluriel pour danser l’universel

par Fanny Guérin

Seule certitude à propos de Maria Isabel Rondon : elle danse, elle crée et sa passion est dévorante ! Du reste, ni elle ni personne ne se risquerait à la confiner dans une catégorie, une origine, une forme d’art. Amoureuse de différentes cultures, à cheval entre plusieurs langues et plusieurs disciplines, Maria Isabel, toujours en mouvement, ne se plaît ni ne rentre dans aucune case.

Maria Isabel Rondon

Aux sources de son art : les racines, la terre, et ce lien sacré entre le corps et l’univers. Cette sensibilité au corps et à l’esprit, d’abord développée dans ses études en sciences des religions, a pris une tout autre tournure au cours de sa formation en danse, qu’elle est allée chercher au Brésil : « la technique Silvestre (technique de danse contemporaine brésilienne) lui a fait l’effet d’une révélation », confie-t-elle les bras tendus vers le ciel. Initiée aux mouvements de la capoeira durant son adolescence, elle a aussi expérimenté le ballet et le contemporain. Si chacune de ces danses l’a influencée, aucune autant que celle de Rosangela Silvestre ne lui a enseigné la « sagesse inouïe du corps », meilleur canal de connaissance de soi et des autres. Partagée entre son attachement aux danses ancestrales de la diaspora africaine et son langage contemporain, elle livre des créations où s’entremêlent divers patrimoines et où se chevauchent plusieurs époques. Incapable de définir fidèlement son art, torturée presque à l’idée de devoir à tout prix lui donner un nom, elle a finalement lâché ces quelques mots, au hasard, comme un désordre peu satisfaisant : « corpus de syncrétisme de danses ».

Mais là encore, il n’y a pas que la danse : chorégraphe, elle est aussi artiste-peintre et entretient une affinité toute particulière avec les arts visuels. Elle dit n’avoir pas de limites et si, d’aventure, certaines viennent entraver son chemin, elle a la sagesse de croire qu’elles sont l’opportunité de s’ouvrir à la nouveauté, à l’inconnu. Alors si le temps lui manque pour se consacrer à la peinture : qu’à cela ne tienne, elle fera de ses chorégraphies un tableau ! Sensible à l’esthétisme, elle compose avec le corps autant qu’avec la lumière et l’un ne vient jamais sans l’autre.

Si le Brésil lui a livré ses plus belles richesses pour alimenter ses créations et ses réflexions, Maria Isabel ne veut se confiner à rien. Son coeur est ici et ailleurs ; il porte l’empreinte de ses multiples influences : celles de ses origines diverses – une mère québécoise, un père dominicain et un beau-père libanais – mais aussi celles qu’elle est allée puiser ailleurs, au Brésil. Au carrefour de tous ces chemins, une chose demeure : son originalité innommable.

Maria Isabel Rondon 1

La diversité qu’elle porte en elle l’empêche, de fait, de représenter une culture : pour le meilleur donc, son art se nourrit de ce métissage pour exprimer finalement « quelque chose de personnel et d’universel en même temps ». C’est ce talent qu’elle a de « tisser une histoire en s’inspirant de plusieurs » qui lui permet de livrer des créations tout à fait inédites et surprenantes, de toucher à l’universel à travers le mouvement et le corps.

Ses origines autant que ses passions, ses voyages et ses expériences glanées ici et là ont forgé sa façon de penser et d’appréhender le monde. Riche des quatre langues qu’elle manie avec plaisir, portée par les cultures qu’elle a longtemps côtoyées, elle entretient cette connaissance des nuances que seuls les plus aventureux et les plus passionnés détiennent. « Un concept s’élargit avec les langues, il devient mouvant ». Le va-et-vient entre ces différents systèmes de pensée, qui fixent une idée à un mot, lui permet d’entrevoir la diversité des interprétations possibles et, par là même, d’enrichir sa propre vision des choses.

Si son plus grand défi réside dans sa capacité à se surprendre elle-même, c’est aussi dans l’espoir de surprendre, de partager donc. La transmission de son art, du savoir et de la richesse dont il est porteur, passe autant par ses performances vers l’extérieur qu’auprès de ses interprètes et de ses élèves à qui elle se fait une joie d’enseigner sa passion.

C’est finalement Montréal qu’elle a choisi, milieu artistique inspirant s’il en est, pour donner naissance, en 2012, à sa compagnie Maria Lite Danse, et en 2013, à une création d’une autre envergure… En effet, ouverte aux imprévus, Maria Isabel s’est laissée surprendre par un nouveau venu qui métamorphose son corps : occasion pour elle de vivre la danse autrement, avec recul. Pour autant, aucun doute là-dessus, Maria Isabel demeure en pleine création, elle « plante des graines pour la suite »… TOC

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